Nos amis les médecins

Les médecins m’ont toujours impressionnée. L’argument d’autorité sans doute. Ce que je veux dire, c’est qu’ils m’impressionnent au point que je n’ai jamais osé remettre en question leur propos, jamais. Pourtant, les médecins spécialistes m’ont donné plus d’une occasion de partir en leur claquant le bec ainsi que la porte de leur cabinet.

Il y a cet ORL, agacé, qui m’a dit qu’il n’avait rien trouvé d’excitant dans mes résultats ; c’était sa façon de m’annoncer que j’étais en bonne santé. A croire que le cancer lui fout la gaule. Il y a eu ce gastro-entérologue qui, parce que son traitement était incompatible avec l’allaitement de mon bébé de 7 mois, m’a sèchement dit : on n’est pas en Suède, à un moment il faut arrêter ! Il ne m’a pas soignée, il m’a suggéré de revenir plus tard et moi, je n’ai même pas osé lui demandé s’il existait une alternative ; mais what the fuck, ce gars venait de mettre son index dans mon anus !

Avec les médecins généralistes (mg), ça va, sans plus. La relation reste asymétrique, mais c’est ok. Je n’ai jamais trouvé un médecin « de famille ». Je n’arrive pas à m’attacher. Je laisse traîner les petits bobos, souvent. Je m’auto-médicamente. Je demande mes prescriptions aux secrétaires. Enfin, ça n’a jamais tout à fait collé entre les mg et moi, mais je ne leur en veux pas et eux·elles ne m’en veulent pas non plus.

Et puis un jour, je suis devenue « Caroline Watillon, chargée de mission en santé sexuelle et reproductive » sur les thématiques médicales : l’IVG et la contraception. Je travaille avec ce public particulier que sont les médecins. La première fois, j’ai été envoyée dans un colloque et je devais prendre contact avec un gynécologue, me présenter et lui dire qu’on allait organiser un colloque… lui et moi… rien que ça. Forcément, j’étais intimidée. Au final, c’est le premier à m’avoir ouvert les portes, donné les codes, appris, c’est le premier médecin qui m’a donné confiance en moi.

Ce 23 janvier, 3 ans plus tard, je suis intervenue dans une après-midi de réflexion sur l’extension de l’IVG à 18 semaines de grossesse. Le public ? Des médecins, des sages-femmes, des infirmier.e.s, des gynécologues, des anesthésistes, des néonatologues, etc. Un auditoire majoritairement sceptique quant à cet éventuel allongement du délai. Quelques pro-choix : des professionnel.le.s de centres de planning ; ils et elles étaient là pour soutenir mon discours et pour défendre notre secteur. Quelques (très) antis aussi, et oui !

J’ouvre l’après-midi, je parle pour la FLCPF et je suis légitime – d’ailleurs, je l’ai crié dans ma voiture en venant. Je suis préparée, mon travail est professionnel, carré, ma présentation est maîtrisée sur le fond et sur la forme. Je parle de la position de la femme qui veut avorter au cours d’un second trimestre mais je parle surtout du rôles des professionnel·le·s. Je fais aussi une proposition, celle de travailler en réseau de soin : les centres de planning familial et les hôpitaux.

Première question, c’est une anesthésiste. Elle me demande pourquoi je ne parle pas de l’enjeu des avortements en raison du sexe du fœtus. Hors sujet. Deuxième question, c’est un gynécologue. Il décrédibilise les médecins des centres de planning en présentant un scénario farfelu. Lui aussi est hors sujet.

L’après-midi se poursuit et une question cristallise les positions, c’est celle de la douleur du fœtus. L’ambiance est tendue et il va falloir retourner en table-ronde en fin de journée. Nous sommes 4 pro-choix face à cet auditoire pour le mieux hésitant, pour le pire carrément opposé à la proposition de loi qui sera prochainement votée en plénière. Il est clair que ces derniers ne sont pas venus nous écouter mais plutôt faire entendre leur voix contre un élargissement du droit à l’avortement. Un gynécologue de l’UCL se lance dans un laïus, notamment sur l’amendement qui vise la réduction du délai « de réflexion ». Mais qui est-il pour prétendre que la femme ne va réfléchir qu’à partir du moment où elle va le rencontrer, LUI ? Plus on avance et plus je prends du plaisir à les mettre face à leurs incohérences. Ce 23 janvier, j’ai osé remettre en question des propos de médecins et de spécialistes. Si j’ai osé le faire, c’est notamment parce que j’avais la confiance et le soutien d’autres blouses blanches qui se reconnaîtront : les bienveillantes, les humanistes, celles qui ont le cœur du bon côté, celles qui, depuis 3 ans, me donnent de quoi me nourrir, commentent mes propositions et m’aident à m’améliorer.

Un gynécologue que je ne connais que d’un coup de fil et de quelques mails – il pratique des avortements à Saint-Luc pour garantir l’accès à ce droit aux patientes de l’hôpital – m’a dit : Être médecin, ça n’est pas soigner, c’est prendre soin. A nous femmes, dont la santé sexuelle est invisibilisée, dont les sexes sont mutilés, dont les enfants sont avortés de force ou pas du tout avortés lorsque nous en avons besoin, à nous femmes dont les sexualités et désirs sont tabous, je ne peux que nous souhaiter de rencontrer ces médecins qui prennent soin, en consultation comme dans la vie.

Et c’est parce que ce sont ces humanistes et ces belles personnes que je me fais l’amplificatrice de leurs propos, de leurs besoins, de leurs idées mais surtout de leur amour pour les autres.  

Avertissement : ces propos n’engagent que moi.


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